Agrandissements de la ville


Le camp romain s’étendait sur 19 hectares entre la cathédrale et Saint-Etienne. Les remparts entourent 202 hectares au XV° après le quatrième agrandissement. Les fortifications ont été déplacées à plusieurs reprises pour englober une surface de plus en plus importante.

Camp romain

La première enceinte qui entoure le camp romain (19 hectares) a été déplacée à plusieurs reprises. L’enceinte d’Auguste (12 avant J.-C.) s’étend entre l’axe de la rue du Dôme à l’est, le fossé qui sera connu sous le nom de Ulmergraben à l’ouest, l’emplacement du futur Temple neuf au nord et celui du futur palais épiscopal au sud. Cette première enceinte sera progressivement agrandie vers l’est. La limite orientale de l’enceinte de Tibère (14 après J.-C.) est parallèle à la rue du Dôme en suivant la future rue des Pucelles. La limite septentrionale prolonge l’ancienne enceinte (le futur fossé des Tanneurs le long de la place Broglie), la limite méridionale suit le tracé de la rue des Veaux. L’enceinte de Trajan-Hadrien (120-130 après J.-C.) déplace encore plus à l’est la limite jusqu’au Faux-Rempart.


Les remparts avant 1681
(Philippe Dollinger, figure 11, réf. en fin de page)

Premier agrandissement (1080-vers 1100) : Grand-rue

35 hectares, soit au total 54 hectares (sur le dessin ci-dessus, enceinte à la fin du XII° siècle)

La Vieille ville (Altstadt) à l’intérieur du castrum romain se double progressivement d’une Ville neuve (Neustadt) qui a ses propres églises : Saint-Thomas est fondée en 820, Sainte-Aurélie existe déjà en 935, Saint-Pierre-le-Jeune est construite en 1031, Saint-Pierre-le-Vieux est reconstruite au XIII° siècle. On crée ensuite la paroisse Saint-Martin (place Gutenberg) et Saint-Nicolas (1182).
Le premier agrandissement englobe la grande île à l’exception des terrains au-delà de la ligne des rues de la Haute-Montée et du Jeu-des-Enfants. Cinq portes permettent d’entrer dans les fortifications :

  • la porte de Pierre (Steinburgthor, porta lapidea) à l’extrémité nord de la rue du Dôme,
  • la porte des Bœufs (Rintburgerthor, Ochsenthor, porta boum) à l’extrémité nord de la rue des Grandes Arcades,
  • la porte du Péage (Zollthor) ou devant Saint-Michel au bout de la Grand rue près de l’église Saint-Pierre-le-Vieux,
  • la porte Vellmann (Vellemansthor) devant l’actuel pont du Corbeau et
  • la porte Saint-Etienne devant l’actuel pont Saint-Guillaume.

Deuxième agrandissement (1200-1250) : partie septentrionale de la grande île, Finckwiller, quartier des Bouchers, quai des Bateliers

17 hectares sur la grande île et 28 hectares sur la rive droite de la Bruche, soit au total 99 hectares (sur le dessin ci-dessus, enceinte du XIII° siècle)

Le deuxième agrandissement comprend la partie de la grande île qui était restée hors les murs, dont l’église Saint-Pierre-le-Jeune et le Vieux-Marché-aux-Vins, et des terrains au-delà de la Bruche au sud, du Finckwiller à l’ouest au quai des Bateliers à l’est. Le canal des Orphelins (visible sur le plan Blondel) forme la limite méridionale qui part de l’extrémité sud des Ponts-Couverts, suit l’actuelle rue des Glacières pour rejoindre le tracé de la rue des Orphelins et se terminer à la Tour aux Florins (Guldenthurn, au débouché de l’actuelle rue de Zurich sur le quai des Bateliers). L’agrandissement en demi-lune sur la rive droite a donc des limites claires, la Bruche (l’Ill) au nord et le canal des Orphelins au sud.
Le pont Saint-Thomas permet de se rendre du centre au Finckwiller qui forme un quartier distinct puisqu’il n’y a pas de quai en aval du pont Saint-Thomas qui relierait directement le quartier au quai Saint-Nicolas. On accède au quartier des Bouchers par le pont du Corbeau et le pont Saint-Nicolas. Le pont du Corbeau et le pont Neuf ou Sainte-Madeleine relient le centre au quai des Bateliers qui forme une unité d’autant plus forte qu’il se termine en cul de sac à la Tours aux Florins (Guldenthurn).
L’enceinte comprend un mur et un chemin de ronde, vingt-sept tours, huit tours-portes et des poternes (thörlein). La défense du sud-ouest au nord-est est assurée par un bras canalisé de l’Ill, dit canal du Faux-Rempart, au milieu duquel une levée de terre porte un mur crénelé. On construit ainsi les doubles portes de Pierre (Burgthor) devant le faubourg de Pierre, de Spire (Speyerthor, Bischofsburgthor) devant le faubourg de Cronenbourg ou de Saverne et du Péage (Zollthor) devant le faubourg Blanc (faubourg National). Seule la porte des Juifs (Judenthor, à l’extrémité du marché aux Chevaux, ultérieurement place Broglie) n’est pas doublée. L’entrée de la Bruche (de l’Ill) dans la ville est défendue par la série de tours des Ponts couverts, au début effectivement recouverts d’un toit.

Troisième agrandissement (1374-1390) : faubourg de Pierre, faubourg de Cronenbourg, faubourg Blanc

76 hectares, soit au total 175 hectares

Le troisième agrandissement étend la ville au-delà du canal du Faux-Rempart à l’est en englobant le faubourg de Pierre (Steinstrass), le faubourg de Cronenbourg (Cronenburgerstrass, ensuite faubourg de Saverne) et le faubourg Blanc (Weissenthurnstrass, ensuite faubourg National) où se trouvent plusieurs couvents (Augustins, dominicaines de Sainte-Marguerite, commanderie de l’Ordre teutonique, commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean). Une porte s’ouvre au bout de chacun des faubourgs : porte de Pierre sur la route de Schiltigheim, porte de Cronenbourg sur la route de Saverne et porte Blanche sur la route de Lingolsheim. Un pont, celui des doubles portes de l’enceinte précédente, relie chacun des faubourgs à la grande île.

Quatrième agrandissement (1404-1444) : Krutenau

27 hectares, soit au total 202 hectares

Le quatrième agrandissement englobe dans les remparts la Krutenau, de part et d’autre du canal du Rhin (Rheingiessen), de la porte Sainte-Catherine à l’ouest en formant un demi-cercle jusqu’à la porte des Pêcheurs au nord-est. Le nouveau quartier est isolé des plus anciens par des cours d’eau : canal des Orphelins à l’arrière du quai des Bateliers, la Bruche à partir de son confluent avec le canal du Rhin. C’est le pont Saint-Guillaume ou pont Saint-Etienne qui permet d’accéder du centre à la Krutenau où se trouvent plusieurs couvents : Sainte-Catherine au sud de l’actuelle rue des Orphelins, Saint-Jean-aux-Ondes à l’emplacement des futurs grands Capucins, Saint-Nicolas-aux-Ondes au nord de la place éponyme et le couvent des Guillemites à l’origine de l’église Saint-Guillaume. Quatre portes donnent vers l’extérieur :

  • la porte des Pêcheurs à l’extrémité du quai des Pêcheurs,
  • la porte Saint-Nicolas à l’extrémité de l’actuelle place Saint-Nicolas-aux-Ondes,
  • la porte Saint-Jean à l’extrémité du quai aux Chevaux (actuelle rue de Zurich), ensuite remplacée (1530) par la porte Neuve (actuelle place du Foin)
  • la porte Sainte-Catherine proche de la porte des Bouchers.

A la fin du XV° siècle, les portes du front méridional (portes Sainte-Elisabeth, de l’hôpital, des Bouchers) sont doublées comme celles le long du canal du Faux-Rempart en aménageant un réduit entre la porte intérieure et la porte extérieure.


Strasbourg au XIII° siècle
(Goehner-Brumter, Planche V)

Quartiers hors les murs

Ces différents agrandissements ont à chaque fois englobé des quartiers construits à l’extérieur du rempart en en laissant d’autres hors les murs. La planche V de Goehner-Brumder (ci-dessus) montre ces quartiers à un moment proche de leur plus grande extension : la route de Saverne est bordée des quartiers d’Adelnhoffen et de Kœnigshoffen, l’Elisabethenau (Plaine Sainte-Elisabeth) s’étend devant la porte Sainte-Elisabeth, l’Agnesenend (Sainte-Agnès) devant la porte des Bouchers et plus loin à la Kurbau, le Schweighoff et le Teich (Etang) devant la porte des Pêcheurs, le Waseneck devant la porte des Juifs. Par peur de l’envahisseur, le Magistrat décide en 1392 de détruire les faubourgs occidentaux, soit « plus de 680 maisons » hors les murs (Adelnhoffen, Kœnigshoffen). Les faubourgs au sud et à l’est disparaissent à leur tour en 1473 (Elisabethenau, Schweighoff, Waseneck). La ville est désormais enserrée dans ses remparts et entourée de terrains agricoles. Hormis des bâtiments isolés (tuileries, blanchisseries, moulins), ce n’est qu’à une certaine distance que s’élèvent les villages : la Robertsau sur le ban de Strasbourg, Schiltigheim à l’extérieur du ban.

Agrandissement de Vauban

La Capitulation de 1681 et l’entrée de Louis XIV à Strasbourg apportent des modifications aux fortifications, surtout en y ajoutant des ouvrages avancés. Vauban fait construire la Citadelle à l’est de la Krutenau en déplaçant le rempart. Sauf les Maisons rouges (actuelle rue du Général Zimmer) et quelques îlots au bout de la rue Neuve (actuelle rue Prechter), les nouveaux terrains serviront à la défense et non à l’habitation. Le tracé des remparts n’est guère changé par ailleurs, si ce n’est en créant le Bastion de la Bruche au débouché des Ponts Couverts, à l’arrière de la rue Sainte-Elisabeth. Il s’ensuit que la surface construite n’augmente guère entre le quatrième agrandissement et le XIX° siècle qui recommence à construire des faubourgs hors les murs. L’extension de la Ville dans les années 1880, en déplaçant les remparts à l’est et surtout au nord, est le dernier agrandissement de la ville puisque le système des remparts est ensuite abandonné : la distinction entre hors les murs et dans les murs disparaît définitivement dans le premier tiers du XX° siècle.

Pour plus de précisions :

  • Jean-Pierre Klein, Strasbourg, Urbanisme et Architectures des origines à 1870, pages 21 à 25
  • Philippe Dollinger, La ville, ses territoires et sa population, pages 99 à 101, dans le tome 2 de l’Histoire de Strasbourg des origines à nos jours en cinq volumes
  • voir aussi la série de cartes dans Charles Goehner et Emile Brumder, Geschichte der räumlichen Entwicklung der Stadt Strassburg

Les Maisons de Strasbourg sont présentées à l’aide de Word Press. Elles sont hébergées par Free-H.