Livres des Communaux (Allmendbücher)


Sous l’Ancien Régime, les Livres des Communaux (Allmendbücher) répertorient à partir de 1427 les loyers dus à la Ville pour toute jouissance d’un terrain public. Il peut s’agir de la location d’une place ou d’un bâtiment communal (par exemple des boutiques qui appartiennent à la ville) aussi bien que de redevances pour un bâtiment privé (par exemple à cause d’un encorbellement, d’une porte de cave qui donne sur la voie publique). Les livres sont donc tenus dans un but comptable. Quand on ouvre un nouvel article dans les registres comptables, mention est faite du folio du registre où est portée la décision des Directeurs du bâtiment (Bauherren).
Les premiers datent de l’instauration des Préposés aux communaux (Allmendherren) le 22 juin 1427. Ce collège rassemble des membres du Conseil, des Quinze et des Treize, le directeur des bâtiments (Lohnherr), un des trois préposés à la Tour, le maître des cens (Zinsmeister) et deux experts. Son rôle est de contrôler et de fixer les redevances. On lira pour plus de précisions la présentation de Jean-Yves Mariotte (Sources manuscrites de l’histoire de Strasbourg, pp. 108-109).
Les livres des communaux sont de deux sortes : comptes-rendus de visite et livres comptables.

Registres des communaux (comptes-rendus de visite)

Les Registres des communaux (Allmendbücher) proprement dits sont des visites des lieux qui énumèrent les maisons en suivant l’alignement des rues, c’est-à-dire que chaque côté d’une rue fait l’objet d’une rubrique. Dans le Registre des Communaux de 1587 par exemple (cote VII 1450), la rue des Veaux apparaît sous deux rubriques (Kalbs Gaß Ein seit nach dem Closter Sanct Stephan hinab, soit : Rue des Veaux, d’un côté en descendant vers le monastère Saint-Etienne, et Anderseit Kalbßgaß Oben Von der Haasen Hoff ahn, Untz hinab nach dem Closter zu Sanct Steffan zue, soit : L’autre côté de la rue des Veaux, du Haasen hoff en descendant vers le monastère Saint-Etienne). Comme la visite des lieux suit l’alignement des maisons, certaines d’entre elles peuvent apparaître deux fois si elles donnent sur deux rues ; le cas le plus simple est une maison d’angle (Eckhaus, Orthshaus) mais il y a aussi des propriétés qui ont une façade sur deux rues comme celles du Vieux-Marché-aux-Poissons qui ont souvent un bâtiment annexe dans la rue du Vieil-Hôpital ou celles de la rue des Veaux entre la rue des Ecrivains et la ruelle de l’Abreuvoir (rubrique Hinter dem Mühlstein uff Dem Platz, Sur la place derrière la Meule). L’enquête a pour but de dresser un état des rentes dues à la Ville et mentionne aussi les maisons qui ne sont soumises à aucun loyer. Les enquêtes répertorient les empiétements sur la voie publique, qu’ils soient liés à la construction (auvent, Wetterdach, encorbellement, Usstoß, Überhang, etc.) ou à l’usage (étal, Banck, ou échoppe, Gaden à l’extérieur de la maison) ; un volet qui ferme une arcade et que l’artisan ou le marchand ouvre vers la rue sera ainsi imposé. Jean Henri Wanger doit pour sa maison (…) est la structure d’une notice dans les registres d’enquête qui répertorient les maisons toujours d’après leur propriétaire, c’est-à-dire celui qui règle le loyer. Les rentes sont de deux sortes (a) les loyers précaires que répertorie par exemple le registre de 1587, (b) les rentes perpétuelles dont il est parfois question dans ce registre où on trouve, en marge ou à la suite de la description, des remarques comme « Dieser Schopff soll bestendig bessern », fixer une rente perpétuelle pour cette remise. Les rentes perpétuelles sont l’objet des Registres des loyers communaux.

Registres des loyers communaux (livres comptables)

Les Registres des loyers communaux (Allmendzinsbücher tenus de 1652 à 1802) sont des livres comptables où le receveur porte le paiement des rentes perpétuelles. Ils sont classés par contribuable et renvoient des uns aux autres : une page renvoie au folio correspondant de l’ancien registre et à celui du registre suivant. Ces livres comptables permettent ainsi de suivre à travers le temps les propriétés qui doivent une rente foncière à la Ville. Comme chaque contribuable y a une notice à son nom, le receveur connaît les loyers qu’il doit encaisser chaque année. Les loyers sont dus pour des boutiques qui appartiennent à la Ville, pour des droits hebdomadaires de marché mais aussi pour les avances sur le communal : encorbellement, galerie ou balcon. Les actes de vente mentionnent toujours les rentes foncières assises sur une maison pour que le nouveau propriétaire se charge de les régler à la place de l’ancien.

Les registres d’enquête permettent donc de connaître une maison : ils montrent l’activité qui entourait chaque jour un bâtiment sans la distinguer de l’aspect de la façade sur rue. Les articles sont rédigés en suivant un modèle, un grand nombre d’entre eux commencent par une formule comme « vor seinem haus 20 schu lang » qui donne la longueur de la maison sur la rue : « devant sa maison qui a 20 pieds de long » ou « une façade de 20 pieds de long ».
On trouvera plus loin un extrait du registre descriptif de 1587 : les deux rubriques concernant la rue des Veaux.

Suite des registres

Strasbourg dans les murs (intra muros)

Cette suite est indiquée dans les registres eux-mêmes qui renvoient au suivant et au précédent.

  • Loyers de 1741 à 1802 (cotes VII 1470, 1471 et 1472, description de l’objet du loyer, quittances annuelles)
  • Loyers de 1673 à 1741 (cotes VII 1465 et 1466, description de l’objet du loyer, quittances annuelles), complété par les
  • Loyers précaires de 1687 à 1741 (cote VII 1459, appelé Temporalzinssbuch, ouvert en 1687 – description de l’objet du loyer, quittances annuelles – concerne en particulier les maisons établies sur les nouveaux terrains inclus dans les fortifications, Quartier Saint-Nicolas-aux-Ondes, Bastion de la Bruche)
  • Loyers de 1652 à 1672 (cotes VII 1461 et 1462, appelé Storckischer Zinßbuch du fait qu’il a été tenu par le maître des rentes Jean Thierry Storck – description de l’objet du loyer, quittances annuelles)
  • Loyers à partir de 1562 (cote VI 1446, appelé Zinßbuch D, description de l’objet du loyer)

La page ci-dessous est extraite du registre comptable qui couvre les années 1652 à 1672.
Le relevé reprend l’intitulé et se limite à indiquer les dates extrêmes des paiements sauf quand le payeur n’est plus le même. Chaque nouveau registre reprend en effet l’intitulé du précédent et les marges accueillent les éventuels changements de payeur. La situation est plus complexe quand un même folio répertorie plusieurs redevances qu’un même contribuable est tenu de payer.

Allmendbuch VII 1461, f° 14
Registre coté VII 1461, folio 14

Relevé de la page ci-dessus

  • Gabriel Engel der Apothecker, Soll gemeiner Statt Von einem steinern gängel Und einem fenster Vf dem Schneidergraben, seiner behaußung in der Spießgaßen Jahrs vf Georgÿ 16 ß
    Jetzt Johann Jacob Scheÿdt
    Alt. d. f. 267
    New fol. 13
    Ext. 1652
  • 1653
    1657 v. H. Hanß Jacob Scheiden empf.
    1660-1672

Soit en version française :

  • Gabriel Engel, pharmacien, pour sa maison dans la rue des Hallebardes doit à la Ville d’un passage en pierre et d’une fenêtre sur le fossé des Tailleurs chaque année à la Saint-Georges, 16 schillings
    Maintenant Jean Jacques Scheidt [haut de page]
    Ancien reg. D, folio 267
    Nouveau reg., folio 13
    A percevoir de 1652
  • 1653
    1657 reçu du Sieur Jean Jacques Scheid
    1660-1672 [du même]

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